L’islam est un roman

La nuit du papillon d’or (Night of the Golden Butterfly) reviewed by Philippe Chevilley for Les Echos, October 4, 2011

 

Tariq Ali auteur d’un « Quintet de l’islam », c’est un peu comme si Besancenot avait écrit une saga romanesque sur Jésus et ses disciples. Héraut de la « new left », cet intellectuel anglo-pakistanais athée, né à Lahore, a fourbi ses premières armes contre la guerre du Vietnam. C’est, depuis, un pourfendeur acharné de l’empire américain, du néolibéralisme, mais aussi un analyste très critique du fondamentalisme musulman… Pourtant en complément de ses prises de parole, de ses articles et de ses essais politiques acérés, cet anticonformiste fringant de bientôt soixante-huit ans a décidé il y a vingt ans de faire de l’islam un roman. Il sort cette semaine en France le cinquième et dernier volet censé boucler la boucle : « La Nuit du papillon d’or ». Un roman à haut risque puisqu’il évoque les fractures contemporaines entre l’Orient et l’Occident.

Le « Quintet » est né d’un hasard, raconte-t-il. Parti en Espagne pour préparer un essai sur la fin d’Al-Andalus (en 1499), il est saisi d’une fièvre romanesque face à la splendeur des vestiges qu’il visite. « L’Ombre des grenadiers » sort au début des années 1990, presque en catimini chez un petit éditeur en France, alors qu’en Allemagne il devient un best-seller… Son ami, l’intellectuel palestinien Edouard Saïd, l’incite trois ans plus tard à poursuivre l’aventure. « Historien séculier de l’islam », avec son ouvrage « Le Choc des intégrismes. Croisades, djihad et modernité » (Textuel), publié après le 11 Septembre, Tariq Ali sera aussi le « romancier séculier » de l’islam.

Le cycle a une vocation pédagogique. Montrer aux Occidentaux comme aux musulmans mal informés que « l’islam n’est pas synonyme de djihad, mais que son histoire est celle d’une culture riche et tolérante, qui connut de grands moments de rayonnement ». Viendra ainsi « Le Livre de Saladin », truculente biographie de Salah al-Din, qui reprit Jérusalem aux croisés en 1187 (2000), « La Femme de Pierre » (2000), chronique douce-amère du déclin de l’Empire ottoman à l’aube du XX e siècle, et « Un sultan à Palerme », qui nous fait découvrir la Sicile cosmopolite arabo-normande du XII e siècle (2007). C’est à partir de 2008 que Sabine Wespieser va éditer les cinq volumes en français -en suivant le fil de l’histoire (« Un sultan à Palerme », puis « Le Livre de Saladin », etc.). Read more.