Novembre: Paris – Aix-en-Provence – Avignon

Jeudi 3 Novembre, 19H 00
PARIS: Centre national du livre, Hôtel d’Avejan, 53, rue de Verneuil – Paris VIIe

La Nuit du Papillon d’or

C’est avec La Nuit du Papillon d’or, publié aux éditions Sabine Wespieser que se clôt le Quintet de l’islam de Tariq Ali. Cette « Comédie humaine de l’islam », retrace en cinq romans l’histoire des conflits entre l’Occident chrétien et la civilisation islamique, de l’an 1153 à nos jours.
On retrouve bien, dans cet éblouissant cinquième volet du Quintet de l’islam, Tariq Ali tel qu’en lui-même : drôle, imaginatif, intelligent, satirique et diablement informé.

“[Ces histoires] montrent aux Occidentaux comme aux musulmans mal informés que l’islam n’est pas synonyme de djihad. Que son histoire est celle d’une culture riche, tolérante et qui a eu ses Lumières”, expliquait récemment Tariq Ali dans une interview accordée au Monde.

Soirée animée par Florence Noiville, journaliste au Monde.  Interprète : Dominique Goy-Blanquet

Entrée libre dans la limite des places disponibles: rsvp@centrenationaldulivre.fr

Lundi 7 Novembre, 18H 30
AIX-EN-PROVENCE: INSTITUT D’ÉTUDES POLITIQUES à Aix en Provence, Apt, Aubagne, Avignon, Arles, Port de Bouc, Chateauneuf les Martigues, Carry le Rouet, La Ciotat, Martigues, Toulon et Marseille

Tariq Ali et son Quintet de l’islam La fiction romanesque face aux fractures de l’histoire

Rencontre avec Tariq Ali autour de la parution du cinquième roman de son cycle « Le Quintet de l’islam » : La Nuit du Papillon d’or [2011, Sabine Wespieser éditeur], animée par Daniel van Eeuwen [professeur des universités, directeur délégué de l’IEP] & Thierry Fabre. Une rencontre proposée par l’IEP, Espaceculture_Marseille et la librairie Hamonia Mundi qui proposera une sélection des ouvrages de Tariq Ali.

À la fois figure de l’extrême gauche anglaise et romancier à l’imagination fertile, Tariq Ali alterne les essais politiques et les oeuvres d’imagination. Cet auteur d’origine pakistanaise vient de parachever un cycle de cinq romans avec pour toile de fond l’histoire des conflits entre l’Occident chrétien et la civilisation islamique. Quand la comédie humaine se joue sur la scène de la Grande Histoire.

On a l’habitude de dire que les bonnes causes font les mauvaises oeuvres. Tariq Ali, lui, arrive à concilier un engagement politique sans faille et un souffle romanesque puissant. En 1968, les Rolling Stones ont dédié leur hymne insurrectionnel, Street Fighting Man, à cet intellectuel qui était alors à la pointe du mouvement révolutionnaire. Ses récents essais sur la politique américaine, ou sur le libéralisme au Royaume-Uni, prouvent qu’il n’a rien perdu de sa flamme.

Dans son dernier pamphlet, Obama s’en va-t-en guerre [La Fabrique, 2010], il affirme que la politique américaine n’a absolument pas changé sur le fond. Et il s’en explique : « Dans ce livre, j’explique qu’il n’y a eu aucune évolution depuis l‘accession au pouvoir de Barack Obama. Les Européens qui ont fêté sa victoire célébraient leurs propres illusions perdues. Les USA représentent un pouvoir impérial qui défend ses propres intérêts indépendamment de qui siège à la Maison Blanche ». Lucide et sans concession ? En tout cas, cette radicalité est aussi au service d’une grande ambition littéraire. Car, parallèlement, l’auteur londonien d’origine pakistanaise construit une impressionnante oeuvre de fiction.

Une éthique de la fiction
Tariq Ali vient ainsi de publier le cinquième et dernier volet du Quintet de l’islam, un cycle qui prend comme cadre les relations tumultueuses entre les civilisations chrétiennes et musulmanes. Chaque étape de cette fresque romanesque nous entraîne à un moment charnière de la Grande Histoire. La tension dramatique s’installe alors que le temps long des civilisations percute celui beaucoup plus éphémère des individus. Les protagonistes ne sont que des êtres de chair et de sang, avec leur culture, leurs connaissances, leurs certitudes et leurs doutes. Le tourbillon des sentiments et des passions se déploie pendant que la Sicile tolérante du XIIe siècle sombre dans la violence [Un Sultan à Palerme], que le miracle andalou se laisse submerger par l’inquisition chrétienne [L’Ombre des Grenadiers], ou que l’Empire Ottoman s’effondre pour laisser place à ce qui deviendra la Turquie moderne [La Femme de Pierre].

De l’intérieur et de l’extérieur
La structure narrative préserve une approche très subjective sans pour autant occulter un contexte historique et politique qui reste déterminant. Nous plongeons dans l’intimité des personnages tout en bénéficiant d’une perspective surplombante sur leurs actes. Mais, Tariq Ali ne juge pas, il préfère opposer aux postures idéologiques une puissance de vie que rien ne pourra jamais annihiler. L’Islam qu’il nous dépeint est vécu de l’intérieur et n’a rien à voir avec les représentations caricaturales que nous en offrent les médias de masse.

Ces hommes et ces femmes résistent ou cèdent à leurs pulsions, à leurs désirs, à leurs rêves et, comme nous tous, ils négocient avec les cadres moraux de leur époque.
À l’hypocrisie et à l’intransigeance des censeurs, répond la réalité charnelle et triviale de l’existence. Ecce Homo… Et les idéaux de paix se fracassent contre les divisions et les rivalités, l’égoïsme et la cupidité. « Le déclin des civilisations est dû à la fois à des pressions internes et externes, nous explique l’auteur.

Ainsi la société andalouse dans la péninsule ibérique était simultanément confrontée à des divisions à l’intérieur de l’islam et à la poussée de l’Eglise catholique et de son armée. De même, en Sicile, au XIIe siècle, les Arabes ont produit une incroyable synthèse des cultures, mais la lutte entre les dirigeants musulmans a généré une vacance de pouvoir qui a profité aux Normands. Même les Ottomans, malgré leur culture extrêmement sophistiquée, n’ont jamais pu rattraper le retard qu’ils avaient pris sur leurs ennemis. À la fin du XIXe siècle, la concentration de tous les pouvoirs dans un seul Palais, l’incapacité à créer une classe bourgeoise dont les intérêts auraient coïncidé avec ceux de l’Etat, ont créé des tensions qui se sont révélées insurmontables ».

Le réveil
Les contextes historiques changent, mais les causes profondes restent les mêmes et leurs effets perdurent. Le dernier roman du Quintet de l’islam nous ramène à l’époque contemporaine. Dans La Nuit du Papillon d’or, Tariq Ali dresse un portrait dévastateur de son pays natal, le Pakistan. En véritable conteur, il nous offre une puissante allégorie des quatre cancers qui rongent Terrepatrie [le Pakistan n’est jamais nommé] : l’Amérique, les militaires, les mollahs et la corruption. Il entremêle les intrigues, politiques autant qu’amoureuses, et dessine ainsi des parcours de vie particulièrement attachants.  Nous sommes loin des clichés sur un peuple qui serait ontologiquement réfractaire à la démocratie.  Et finalement très proche de l’Histoire actuelle et de ce que Tariq Ali nomme la seconde vague historique du réveil arabe. « Le premier réveil arabe ayant été  contre les puissances coloniales, cette nouvelle vague se dresse contre les despotes qui règnent encore sur la plupart des pays de la région ». Cette aspiration à la liberté n’a jamais cessé d’inspirer les poètes. Il n’y a jamais eu de Fin de l’Histoire. Un autre cycle commence.

Mardi 8 Novembre, 17 H 00
AVIGNON: CINÉMA UTOPIA, 4 Rue Escaliers Ste Anne, 84000 Avignon, France

La Mémoire du Monde. Deux films de Jafar Panahi pour accompagner Tariq Ali à Avignon

Projection du documentaire « Ceci n’est pas un film » de Jafar Panahi & Mojtaba Mirtahmasb< [Iran, 2011, 1 h 15].
18 H 30 – Rencontre avec l’écrivain Tariq Ali animée par Anne-Laure Tristant [Librairie La Mémoire du Monde].
20 H 30 – Projection du film « Sang et or » de Jafar Panahi [Iran, 2003, 1 h 37 – Prix du Jury – Un certain regard, Festival de Cannes 2003].
Une soirée proposée par le Cinéma Utopia, Espaceculture_Marseille et la librairie
La Mémoire du Monde.

À Avignon, le 8 novembre, les choses se passeront donc ainsi. Anne-Laure Tristant, de la librairie La Mémoire du monde, animera la rencontre avec Tariq Ali à 18 h 30 dans une salle du cinéma Utopia avec, avant et après cet échange, la projection de deux films du cinéaste iranien.

Le premier, à 17 h, sera présenté pour la toute première fois en Avignon spécialement pour l’occasion. Il s’agit de Ceci n’est pas un film.

Titre paradoxal, mais qui signale bien la singularité de cette oeuvre, elle-même reflet d’une singulière situation. Jafar Panahi est en effet actuellement assigné à résidence en attendant le résultat de l’appel d’un jugement qui le condamne à six ans de prison et à l’interdiction d’exercer son métier pendant 20 ans « pour propagande contre la République islamique ».

Avec une petite caméra HD, un Iphone et le concours d’un documentariste ami, Mojtaba Mirtahmasb [qui s’est vu depuis confisquer son passeport] il fait de sa situation la matière même de son film, montrant un jour de sa vie recluse, entre désespoir, désoeuvrement et refus viscéral d’abdiquer. Ce film poignant, rehaussé de quelques pointes d’humour [et tourné avec 3000 euros !] présente la même maîtrise stylistique que Sang et or, réalisé en 2004 dans des conditions beaucoup plus classiques et projeté, quant à lui, à 20 h 30.

Portrait d’un loser à l’iranienne – un livreur de pizza qui n’est pas de taille à assumer le hold-up qu’il a commis – thriller social autant que chronique d’une mort annoncée, Sang et or est tout simplement un chef-d’oeuvre.

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